Ce matin, j’ai un drôle de rendez-vous… Rendez-vous à 9 heures 30, dans un petit café de la rue Condorcet, à Dijon, avec Marie Vindy. Nous nous sommes rencontrées à deux pas, il y a un peu plus de vingt ans, au collège Marcelle Pardé, juste à côté de ce sale troquet où elle a choisi qu’on se retrouve.
Lorsque j’arrive, elle est déjà là, elle m’attend. Je me dis qu’après toutes ces années, elle n’a pas changé, presque pas. Longue, fine, perchée sur des talons qui la font paraître encore plus grande, elle sourit, elle rit même. Ses cheveux sont toujours longs, sa frange lui tombe sur les yeux et une cigarette se consume au bout de ses doigts. Je pourrais presque croire que nous avons encore quatorze ans et que l’on sèche les cours pour se retrouver là, autour d’une tasse de café. Il a fallu ce prétexte pour que l’on prenne deux heures pour se voir.
On se souvient des années collèges, des profs pas rigolos, des cigarettes fumées en douce, des mensonges racontés à nos parents pour aller voir nos petits amis respectifs… On parle maintenant de nos enfants… « La petite a une otite, je n’ai pas dormi de la nuit… » Le temps est passé trop vite.
Mais nous ne sommes pas là seulement pour bavarder. Il me faut rédiger une biographie de Marie. Un instant, je me mets à sa place, cette fois c'est moi qui doit écrire et ce n’est pas facile.
Nous sommes nées la même année, en 1972, et dans la même ville, à Dijon. Après le collège, le lycée, après le lycée, on s’est séparées. Pour Marie se fut les Beaux-Arts, à Besançon et puis un master à Nantes. De belles années. Et ensuite un premier enfant, la vie change et l’écriture naît. Comment est-elle passée de la peinture à l’écriture ? Un mystère ? Elle n’en sait rien finalement. Un grand vide qu’il fallait remplir. Des histoires plein la tête et un premier manuscrit. Une nouvelle aventure.
« Écrire n’a pas été simple, mais plus simple que je ne l’avais imaginé… » dit-elle. "Je voulais juste écrire un roman dans lequel je mettrais tout ce qui me plait. Un assassin, des flics et des chevaux. Je l’ai fait, cela m'a prit moins d'un an." Je l’ai lu ce manuscrit. « Chairbottomer », un titre improbable pour un roman tout aussi improbable. Je me souviens des impressions que j’ai ressenties à sa lecture. Mais où est-ce qu’elle a été pêcher tout ça ?
Lorsque je la regarde ce matin, devant moi, avec son sourire, je ne peux écarter de moi une pointe de jalousie. Non, elle n’est pas un écrivain (romancière, elle préfère ce terme) connu. Non, ces choix n’ont pas été faciles… Mais elle est restée la jeune fille qui a été ma meilleure amie, elle a entretenu ses rêves, elle a bricolé, elle a essayé, elle a échoué, elle a recommencé.
On parle de bouquins, de polars, bien sûr. « Tu as lu ce livre ? Non ? Lis-le, c’est génial ? Et celui-là, tu l’as lu ? » Moi aussi, je ris. Je ne pourrais jamais effacer de ma mémoire le jour où, toutes les deux, bras dessus-bras dessous, on est allé à la Fnac. Notre bonne vieille Fnac dijonnaise. On est resté une heure dans le rayon polar, devant les nouveautés. Mektoub, premier roman édité de Marie Vindy… Une dame d’un certain âge s’est approchée du présentoir, elle a pris le petit livre noir, elle l’a feuilleté…J’avais envie de lui dire : « Achetez-le, c’est elle l’auteur… Cette grande gigue qui pique un fard, c’est elle qui l’a écrit… » Évidemment, je n’ai rien dit, elle m’aurait arraché les yeux ! Finalement, la dame a reposé le livre et elle est reparti avec un autre. J'aurais su me servir d’un flingue, comme Marie, je l’aurais fumée sur place.
On parle de Mektoub, et quand on parle de Mektoub, on parle des chevaux… Des siens, de ceux dont elle a été amoureuse comme l’héroïne de son histoire.
Regardez les photos, vous verrez, elle ressemble à sa jument… Si, c’est vrai !
Ah, Marie, surtout ne change rien ! Continu de raconter des histoires...


Ta meilleure amie.


Claire.